« La Prudence funeste »

« La Prudence funeste », seconde nouvelle du tome I des Nouvelles Nouvelles, narre les infortunes et la mort d’un personnage dénommé Démocrate, dont le comportement réfléchi et honorable est continuellement mis en échec par la Fortune. Le titre renvoie explicitement à celui de la nouvelle immédiatement précédente (« Les Succès de l’indiscrétion »), dont il inverse la formulation, conformément à une pratique courante de la littérature mondaine.
On reconnaît au sein du récit cinq épisodes successifs à valeur exemplaire auxquels on pourrait donner les intitulés suivants :
Les infortunes de la sincérité (p. 123 à 136)
L’échec de la prudence amoureuse (p. 136 à 147)
Le complot, ou Démocrate, criminel sans crime. (p. 147 à 197)
Le rival de Démocrate et le duel (p. 197 à 234)
L’assassinat de Démocrate (p. 315)
Chaque épisode, précédé d’une ellipse temporelle, débute par un alinéa et se termine sur une réflexion du héros ou du narrateur à propos des vicissitudes de la Fortune et l’inutilité de la Prudence.
Le sujet que propose la nouvelle s’inscrit dans les débats auxquels donne lieu la notion de Prudence, que Donneau de Visé oppose de manière strictement antagoniste à l’Indiscrétion dont il fait l’éloge tout au long du tome I. Pour ce faire, le récit développe une histoire qui se déroule au sein des cercles étroits du pouvoir royal et innove en appliquant à cette nouvelle l’univers et les procédés de la tragédie.
La trame de la nouvelle et son organisation permettent d’insérer nombre de contenus littéraires à la mode (emprunts à l’univers de la tragédie, scènes de dépits amoureux, propos compatibles avec le goût de l’élégie, tirades, etc.) ainsi que d’exploiter l’actualité politique, en particulier celle du procès Fouquet, ou encore de développer un discours sur l’univers de la cour. L’abondance de ces contenus diversifiés favorise ainsi un mode de consommation conforme aux pratiques mondaines.
Traductions
« La Prudence funeste » a été traduite et publiée en anglais en 1679 sous le titre Fatall prudence, or Democrates the Unfortunate Heroe, qui compte parmi les traductions d’ouvrages en français de Bentley et Magnes. En 1692, cette traduction a été reprise dans le recueil Modern Novels des mêmes éditeurs.